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Je t’ai bâché : les bâches publicitaires en question

Je t’ai bâché : les bâches publicitaires en question

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La règlementation de la publicité extérieure a, depuis 1979, connue de nombreuses évolutions ayant pour but premier « d’assurer la protection du cadre de vie ». Suite à la loi Grenelle II de 2010 et au décret d’application du 30 janvier 2012 et afin de prendre en compte les évolutions sociétales en matière de communication extérieure, de nouveaux dispositifs publicitaires ont fait leur apparition dans le code de l’environnement.

Ainsi, les bâches de chantier et bâches publicitaires sont alors entrées dans le champ règlementaire de la publicité extérieure et donc du code de l’environnement. C’est aux bâches de chantier que se sont intéressées plusieurs associations de protection du paysage et du cadre de vie lors des journées du Patrimoine 2016 organisées sur le thème « Patrimoine et Citoyenneté ».

A cette occasion nous vous proposons de découvrir leur « Lettre ouverte à la ministre de la Culture concernant les publicités sur les monuments historiques en travaux » :

«  Le 15 septembre 2016

Madame la Ministre,

Cette année, les Journées Européennes du Patrimoine ont pour thème « Patrimoine et Citoyenneté » et c’est précisément dans cette optique qu’est publiée cette lettre ouverte. Depuis une loi de 2006, nous voyons proliférer des bâches publicitaires qui transforment, à l’occasion de travaux, nos monuments historiques en supports de publicités commerciales géantes. Depuis cette date, l’article L. 621-29-8 du code du patrimoine permet en effet de déroger à l’interdiction traditionnelle de la publicité sur les monuments historiques. Or, cette logique financière, qui abîme l’image des monuments et vend le regard des citoyens, est refusée par ces derniers. En témoigne notamment la mobilisation récente contre l’installation sur le Palais des Beaux-Arts de Lille d’une bâche représentant des sushis…

En mettant ainsi sur le marché publicitaire notre patrimoine, c’est son image à long terme que nous altérons et le commerce qui prend la place de la culture. Les publicités sur l’hôtel Lutetia à Paris (vendu en 2010 pour 135 millions d’euros) sont-elles réellement nécessaires à sa restauration ? S’accordent-elles avec l’histoire – tragique – de ce lieu ? Que dire de celles sur le Palais de Justice ? Sur certains ensembles urbains intégralement protégés au titre des monuments historiques, comme la place des Vosges à Paris, ces dispositifs dits exceptionnels se succèdent et transforment les lieux en un espace publicitaire permanent.

Une modification de la loi s’impose, mais vous pouvez, d’ores et déjà, œuvrer par décret au plafonnement en valeur absolue de la surface des publicités. Le chiffre de 12 m², surface maximale de la publicité extérieure généralement autorisée, semble tout indiqué. La limitation actuelle de la taille des publicités à « 50 % de la surface totale de la bâche » (article R. 621-90 du code du patrimoine) aboutit en effet à des dispositifs publicitaires aux dimensions inédites et choquantes. Seule une telle limitation serait de nature à rendre audible l’argument du mécénat d’entreprise.

En espérant que cette lettre sera entendue, nous vous adressons, Madame la Ministre, nos salutations citoyennes. »

Comme un écho, la ministre de la Culture indiquait dans son éditorial * que « Le thème de cette année « Patrimoine et citoyenneté » nous renvoie aux sources même de cette manifestation créée en 1984 : celle d’une appropriation par tous d’un bien commun, d’une histoire commune. Le patrimoine et la citoyenneté sont deux notions dont la jonction raconte notre histoire, notre passé, mais dessine aussi notre présent et notre avenir. »

A l’heure ou notre vie privée et nos espaces publics se font échos de notre société consumériste nourrit par la publicité, quel avenir pour notre patrimoine ? Quel avenir pour nos paysages, « patrimoine commun de la nation » ? Quel avenir pour notre cadre de vie ?

 

Ressource :

Association de la « société pour la protection des paysages et de l’esthétique pour la France »

Editorial de la ministre de la culture et de la communication

 

julie-et-madhya

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