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Les panneaux d’affichage à reconnaissance faciale : délit de faciès ou avancée technologique ?

Les panneaux d’affichage à reconnaissance faciale : délit de faciès ou avancée technologique ?

Devenus normes chez nos voisins outre-Atlantique, les panneaux d’affichages à reconnaissance faciale tentent leur chance sur le marché de la publicité extérieure français ! L’objectif de ces panneaux : maitriser et quantifier l’impact des campagnes publicitaires sur les consommateurs. Soit pour les annonceurs, une « mine » d’information à leur disposition et la possibilité d’adapter la diffusion des publicités en fonction du type de personnes visé, une avancée aussi colossale qu’angoissante dans le monde de la publicité extérieure.

La Start-Up française « Jacare Technologies », propose d’intégrer sa technologie de reconnaissance faciale aux panneaux publicitaires, grâce à une caméra intégrée dans le dispositif permettant de détecter les personnes se présentant devant l’écran. Le traitement des données permet alors de savoir si la personne a vu le panneau et pendant combien de temps. L’annonceur peut alors connaitre le temps d’attention et l’intérêt du consommateur pour sa publicité et ainsi cibler ses publicités en fonction des tranches d’âges des individus, de leur sexe etc. Décryptage à outrance, certains poussent même jusqu’à l’analyse des émotions pour cibler la publicité en fonction de nos humeurs.

Bien qu’il s’agisse en France d’une pratique très récente, le code de l’environnement évoque ce type de dispositifs publicitaires et pose comme seule restriction à ces publicités qu’elles soient autorisées par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL)[1]. Mis à part ce détail, il semble que ces publicités suivent malheureusement le même régime que les dispositifs « classiques » à savoir 12m² maximum, 6 à 7,5 mètres de hauteur s’il s’agit d’une publicité murale ou scellée au sol etc.[2]

Cette restriction peut facilement être contournée quand on sait que les communes, les intercommunalités ou les services de l’État souffrent d’un manque de moyens notamment humains pour gérer l’instruction des demandes d’autorisations et déclarations préalables. Quand on sait déjà qu’une grande part des dispositifs publicitaires est installée de façon irrégulière, quels peuvent être les barrages à la banalisation de ces panneaux « vivants » d’un nouveau genre ?

En plus de ce vrai casse-tête administratif, une question se pose : Accepterions-nous d’être littéralement observés et mis à nus dans nos rues comme nous le sommes déjà dans notre «e-Vie » ?

Une fois de plus, les nouvelles technologies nous ramènent aux limites de notre vie privé et de notre liberté.

[1] : Art. L.581-9 du Code de l’environnement : « Tout système de mesure automatique de l’audience d’un dispositif publicitaire ou d’analyse de la typologie ou du comportement des personnes passant à proximité d’un dispositif publicitaire est soumis à autorisation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés. »

[2] : Pour les agglomérations de plus de 10 000 habitants.